Méthodologie

Vulnérabilité

Pour cette analyse, la vulnérabilité désigne la susceptibilité des individus, des ménages ou des communautés aux effets néfastes résultant de divers facteurs interconnectés, notamment les dimensions économiques, environnementales et sociales. Ce concept reconnaît que la vulnérabilité n’est pas un problème isolé mais plutôt le résultat d’une interaction complexe de multiples facteurs susceptibles d’exacerber les risques et de freiner la résilience.

La méthodologie repose sur des techniques largement utilisées pour la construction d’indices composites. Un indice multidimensionnel de vulnérabilité est calculé en combinant plusieurs dimensions — la vulnérabilité à la sécheresse, la vulnérabilité du système de santé, le niveau moyen d’adéquation nutritionnelle et la dépense alimentaire par habitant — en une seule mesure globale. Chaque dimension est calculée comme un sous-indice à partir de plusieurs indicateurs représentant les aspects pertinents de la vulnérabilité dans chaque domaine. Les indicateurs reposent sur diverses données d’enquêtes nationales représentatives, notamment l’Enquête Harmonisée sur les Conditions de Vie des Ménages 2018-2019, les Enquêtes Démographiques et de Santé (EDS) ainsi que des données satellitaires.

  • L’Indice de vulnérabilité au changement climatique repose sur : (1) des indicateurs issus d’enquêtes auprès des ménages portant sur leur exposition aux risques climatiques, leur sensibilité à ces risques et leur capacité d’adaptation ; et (2) des données satellitaires sur la température et l’état de la végétation. Les données satellitaires sont utilisées pour construire un indice de sécheresse fondé sur un indice d’approvisionnement en eau de la végétation modifié (MVWSI), défini comme le rapport entre l’Indice de Végétation par Différence Normalisée Relative (RNDVI) et le carré de la température relative de surface du sol (RLST). Le RNDVI et la RLST sont calculés en divisant les valeurs observées de l’année en cours par la moyenne des valeurs des 20 dernières années.

  • utilise des indicateurs portant sur la proportion de femmes ayant bénéficié de l’assistance d’un professionnel de santé lors de leur dernier accouchement et sur la proportion de femmes déclarant que la distance jusqu’à un établissement de santé constitue un obstacle majeur. Une analyse en composantes principales (ACP) est utilisée pour générer, pour chaque localité, des scores reflétant la solidité du système de santé.

  • L’Indice du ratio moyen d’adéquation nutritionnelle fournit une vue d’ensemble de la qualité du régime alimentaire en résumant l’adéquation de plusieurs nutriments simultanément. Il est calculé en faisant la moyenne des ratios d’adéquation nutritionnelle (NAR) pour un ensemble de nutriments essentiels, chaque NAR étant déterminé par le rapport entre l’apport quotidien en nutriments d’un individu et l’apport nutritionnel recommandé (ANR) pour ce nutriment. Afin d’éviter que la surconsommation ne gonfle artificiellement le ratio moyen d’adéquation nutritionnelle, les valeurs de NAR sont plafonnées à 1.
  • L’Indice de consommation alimentaire par habitant reflète la dépense alimentaire totale par personne au sein d’un ménage ou d’une communauté. Un niveau plus faible de dépense alimentaire par habitant est associé à une vulnérabilité accrue à l’insécurité alimentaire et à la malnutrition.

En suivant des méthodologies similaires à celles appliquées dans des études antérieures sur la vulnérabilité (Nkonde et al., 2014 ; Naudé et al., 2009), chaque indicateur et sous-indice est normalisé à l’aide d’une normalisation min-max, afin de les transformer sur une échelle commune allant de 0 à 1, ce qui facilite la comparabilité entre les indicateurs. L’indice composite multidimensionnel de vulnérabilité est construit en agrégeant les sous-indices de chaque dimension par une simple moyenne, en supposant une importance égale pour les quatre dimensions. Avant l’agrégation, les indicateurs sont transformés de façon à ce que des valeurs plus élevées correspondent à une plus grande vulnérabilité (par exemple : niveaux plus faibles d’accès aux soins de santé et à la sécurité alimentaire).

Pour chaque sous-indicateur et pour l’indice composite de vulnérabilité, les zones sont classées comme « beaucoup moins », « moins », « plus » ou « beaucoup plus » vulnérables par rapport à la moyenne nationale. Les seuils entre les quatre catégories sont définis de manière à ce qu’environ 25 % des observations se situent dans chaque catégorie, en supposant une distribution normale. Une valeur plus élevée de l’indice de vulnérabilité indique une vulnérabilité plus importante d’une communauté face aux crises potentielles et aux complications, par rapport à la moyenne nationale.

Cet indicateur est appliqué pour évaluer la vulnérabilité dans les différentes régions du Bénin. Les résultats peuvent contribuer à prédire la capacité des communautés à absorber de futurs chocs et à éclairer les stratégies de réponse. Ces informations permettent de mieux cibler les mesures préventives et de faciliter des interventions plus efficaces pour faire face aux effets des crises lorsqu’elles touchent les communautés.


Adéquation nutritionnelle

L’évaluation de l’adéquation nutritionnelle s’est basée sur deux séries d’analyses. Dans un premier temps, nous avons effectué une analyse du contenu diététique des produits alimentaires consommés afin d’identifier les zones présentant d’importants déficits d’apports en nutriments. Ensuite, nous avons appliqué un modèle de demande quasi quadratique (QUAIDS - Quadratic Almost Ideal Demand System) pour donner un aperçu de la dynamique de la consommation alimentaire des ménages et calculer les élasticités des revenus et des prix des nutriments, facilitant ainsi la simulation des effets potentiels de différentes options politiques.

L’analyse est basée sur les données de l’Enquête Harmonisée sur le Conditions de Vie des Ménages 2018–2019. Nous avons utilisé le tableau de composition des aliments de la FAO pour l’Afrique de l’Ouest en 2019 pour calculer l’apport en énergie et en nutriments, y compris les calories, les protéines, le fer, le zinc, le calcium, la vitamine A, les folates (B9), la thiamine (B1), la riboflavine (B2), la niacine (B3), la vitamine B6, la vitamine B12, et la vitamine C. Afin d’estimer l’apport en nutriments pour chaque membre du ménage, nous avons appliqué les facteurs AME (FAO 2001) pour tenir compte de la structure démographique du ménage en partant du principe que la nourriture est distribuée proportionnellement selon les besoins énergétiques de chacun. La consommation étant enregistrée au niveau du ménage, l’analyse n’a pas tenu compte d’une éventuelle répartition inégale des repas au sein du ménage par rapport aux besoins en nutriments. De plus, nous n’avons pas intégré les modifications de la teneur en énergie et en nutriments dues à la transformation et à la cuisson des aliments, car les informations sur les méthodes de cuisson utilisées par les ménages ne sont pas disponibles. Après calcul, les observations situées en dehors de la fourchette de consommation plausible de 500-5000 kcal de consommation par personne et par jour (Voortman et al. 2017) ont été éliminées. Les apports nutritionnels réels ont été comparés aux apports nutritionnels journaliers recommandés définis par l’OMS/la FAO afin de déterminer les ratios d’adéquation nutritionnelle (NAR - Nutrient Adequacy Ratios). Étant donné que certains ménages dépassaient les apports recommandés et que d’autres présentaient des déficits, les ratios des ménages ont été tronqués à 100 % avant de calculer les ratios d’adéquation moyens afin d’éviter que les apports excédentaires de certains ménages ne compensent les déficits des autres.

Pour l’analyse des comportements alimentaires, le modèle QUAIDS (Quadratic Almost Ideal Demand System) développé par Banks et al. (1997) est utilisé pour capturer les élasticités de revenu et de prix. L’analyse des élasticités se déroule en deux étapes : d’abord l’estimation des élasticités prix et revenu des principaux groupes de produits alimentaires à l’aide du modèle QUAIDS ; ensuite le calcul des élasticités de la demande en nutriments à partir des estimations de la demande alimentaire et de la teneur en nutriments des produits alimentaires. L’analyse des élasticités donne une compréhension approfondie des effets économiques sur la consommation nutritionnelle. En utilisant ces élasticités, le tableau de bord de la nutrition simule des scénarios politiques aidant ainsi les décideurs à prévoir les impacts des interventions et à élaborer des stratégies ciblées pour améliorer l’adéquation nutritionnelle. Des détails supplémentaires sur l'estimation QUAIDS sont disponibles dans Magne Domgho et al. (2023).


Références

Banks J., Blundell R., and Lewbel A. 1997. “Quadratic Engel Curves and Consumer Demand.”The Review of Economics and Statistics 79(4): 527–539.

FAO. 2001. Human Energy Requirements: Report of a Joint FAO/WHO/UNU Expert Consultation. Rome: Food and Agricultural Organization of the United Nations.

Lancaster K. 1971. Consumer Demand: A New Approach. Columbia University Press, New York.

Magne Domgho L. J., Collins J., Ulimwengu, and O. Badiane. 2023. Identifying Nutrient Gaps and Priority Foods in Senegal. AKADEMIYA2063 Project Report Nutrient Smart Processing and Trade (NSPT) No. 002. Kigali: AKADEMIYA2063. https://doi.org/10.54067/nspt.002

Naudé, Wim, Amelia Santos-Paulino, and Mark McGillivray. 2009.“Measuring Vulnerability: An Overview and Introduction.”Oxford Development Studies 37 (3): 183–91.

Nkonde, M., M. B. Masuku, and A. M. Manyatsi. 2014. Factors Affecting Household Vulnerability to Climate Change in the Lowveld of Swaziland. FANRPAN Policy Brief. Pretoria: Food, Agriculture and Natural Resources Policy Analysis Network.

Voortman T., Kiefte-de Jong J. C., Ikram M. A., Stricker B. H., van Rooij F. J. A., Lahousse L., Tiemeier H., et al. 2017. “Adherence to the 2015 Dutch Dietary Guidelines and Risk of Non-Communicable Diseases and Mortality in the Rotterdam Study.” Eur J Epidemiol 32: 993–1005.

WHO/FAO. (2005). Vitamin and Mineral Requirements in Human Nutrition. 2nd edition. Geneva/Rome: World Health Organization, Food and Agricultural Organization of the United Nations.